Actualités Reportages Interview / Afféri Konan Jules (Administrateur du Réseau des Producteurs de Pommes de Terre en Côte d’Ivoire) : « La pomme de terre rapporte entre 3 et 10 millions à l’hectare »
Posté par Nando Dapa le
Image du site www.unite.ci

Le Réseau des Producteurs de Pommes de Terre en Côte d’Ivoire (REPOM-CI) est né le 11 Août 2007 sous le nom de l’Association Ivoirienne pour l’Enfance. Dans cet entretien, Afféri Konan Jules, qui en est l’Administrateur donne des recettes pour développer cette filière agricole en Côte d’Ivoire. 

Comment est né votre réseau?

C’est au cours de l’Assemblée Générale Extraordinaire du 18  novembre 2015 que l’Association Ivoirienne pour l’Enfance s’est muée en Organisation  Professionnelle Agricole (OPA) en prenant la dénomination suivante : REPOM-CI. 

Quel rapport y a-t-il entre une association pour l’enfance et une organisation professionnelle agricole?

Demandez-moi plutôt quel lien y a-t-il entre l’enfant et la sécurité alimentaire ? Parce que c’est la sécurité alimentaire qui constitue le fondement de notre combat. Le domaine agricole qui est le nôtre se trouve être la production des cultures vivrières notamment la pomme de terre. Quand il y a famine, les premières victimes sont les enfants.  Alors, face aux menaces climatiques, à la démographie galopante et à la rareté des  terres cultivables due au manque de leur gestion rationnelle, notre constat nous montre que si nous ne faisons rien, nous risquons une insécurité alimentaire catastrophique dans notre pays au cours des années à venir. Nous avons mené plusieurs activités et avons constaté qu’il y a surtout un problème de gestion raisonnable des terres. Il y a de grandes plantations de cacao, de café, teck, d’hévéa, d’anacardier, etc. Et, nous nous sommes dit qu’il faut faire  quelque chose de manière urgente. A partir de ce moment, nous avons commencé par promouvoir les cultures associées c’est-à-dire des cultures vivrières aux cultures pérennes. Nous avons mené des sensibilisations  auprès des agriculteurs dans diverses régions pour dire que les meilleurs planteurs, ce ne sont pas ceux qui ont de grandes plantations de cacao, de café, etc, mais, ceux qui savent associer les cultures de rentes aux cultures vivrières. Dans cette même dynamique, nous avons essayé d’évaluer, d’étudier les  tubercules et les céréales pour choisir le meilleur cheval de bataille qu’est la pomme de terre ; d’où la nécessité d’opérer cette mutation en mettant sur pied ce Réseau de Producteurs de Pommes de Terre en Côte d’Ivoire. Nous venions là de nous engager dans la promotion de la sécurité alimentaire partout car, croyez-moi, elle constitue à la fois le véritable enjeu des temps nouveaux et le défi majeur des décennies futures pour l’humanité et le développement.  

Combien de membre compte aujourd’hui votre réseau ?

Il ya des personnes physiques et des personnes morales. Nous tournons autour de  200 membres à ce jour.

Quelles sont les actions que vous avez déjà menées jusqu’ici ?

De 2007 à 2014, nous étions dans la santé préventive, l’éducation, la protection, etc. Depuis 2015 que nous nous sommes mués en organisation professionnelle, nous distribuons de la semence, nous faisons des plantations - pilotes de pommes de terre, nous organisons les femmes, les agriculteurs aussi, nous faisons la communication, la formation…. Nous faisons énormément de sensibilisations sur la sécurité alimentaire. Nous mettons en branle nos partenaires pour l’encadrement technique des organisations de base. D’ailleurs, en Octobre prochain, nous organiserons à Abidjan un colloque international qui verra la participation de plusieurs pays. La Belgique, la France et des pays africains, avec lesquels nous allons partager des expériences afin que nous puissions à partir de ce symposium, booster la production de la pomme terre en Côte d’Ivoire et améliorer les conditions de vie  et de travail de nos populations qui la cultivent. 

Votre réseau est-il représenté sur l’étendue du territoire ?

Les principales zones de production actuellement sont : Bocanda, Tiémélékro, Toumodi, Agboville et nous sommes en train d’étendre nos tentacules petit à petit. Nous invitons les Ivoiriens chaque jour à nous rejoindre. C’est après le colloque que nous pourrons identifier véritablement toutes les zones les plus propices à la culture de la pomme de terre. Au-delà du colloque, il y aura d’autres études, des projets post-colloque pour continuer le travail qui va nous permettre de créer une véritable filière de pommes de terre. 

Actuellement à combien évaluez-vous la production de pomme de terre en Côte d’Ivoire ?

    Jusqu’ici, nous faisons des plantations tests. Étant la représentation nationale d’Agro sans Frontière, nous recevons des semences. Et nous avons la chance de produire entre 2 et 4 kilogrammes sur un mètre carré. Donc sur un hectare, nous parvenons à avoir entre 20 et 40 tonnes. Lorsque nous mettons toutes les productions des différentes localités ensemble, nous avoisinons 13 tonnes pour le moment. Pour l’heure, c’est insignifiant. Mais, nous allons multiplier les plantations et intensifier la production. Nous pensons que d’ici à 2020, avant la mécanisation en vue, nous pourrons atteindre assurément les 20000 tonnes pour aider la Côte d’Ivoire qui importe annuellement 6 milliards de FCFA au titre de pommes de terre.

Selon vous pourquoi la culture de la pomme de terre n’est pas développée en Côte d’Ivoire? 

C’est peut-être pas méconnaissance ou à cause de la multiplicité des cultures agricoles. Sous le président Henri Konan Bédié, la Côte d’Ivoire a eu un essai à Touba et des études ont été menées ailleurs sur d’autres parties du territoire. Ça devait marcher avec le CNRA et d’autres structures comme le CSRS. Mais le processus s’est arrêté brusquement après le coup d’Etat. Et, plus personne n’a poursuivi le projet. Mais, il convient de noter aussi que nous sommes confrontés au problème de semences. C’est peut-être cela qui explique que les choses avancent difficilement. Maintenant que nous avons eu la chance d’avoir l’un des meilleurs semenciers au monde qui livre à Agro Sans Frontière et donc, au REPOM-CI, nous allons pouvoir souffler. C’est le même semencier qui livre au Mali, Burkina, au Sénégal, en Guinée, etc. Nous sommes sur la bonne voie surtout que nous sommes la délégation pays d’Agro Sans Frontière. Il faut préciser qu’Agro Sans Frontière, avec l’appui de ses partenaires demeure la première grande promotrice de pommes de terre dans le monde  et l’une des plus grandes organisations contributrices à la lutte contre la faim. Elle est présente dans 25 pays, la Côte d’Ivoire en est le 26ème. Cela devrait normalement contribuer à encourager ceux qui hésiteraient à nous rejoindre.

Ne pensez-vous pas que la cherté de la pomme de terre soit pour quelque chose dans le fait que des gens ne s’y intéressent pas vraiment?

Oui, la pomme de terre coûte cher et c’est pour cela que nous nous battons. Il y a le coût d’importation, et plusieurs frais annexes qui gonflent le prix. Sur le marché aujourd’hui, la pomme de terre de consommation se vend à 500F voire 600 F ou 700 FCFA le kilo. Au niveau des semences ou des plants, c’est beaucoup plus grave et très compliqué. Notre objectif est d’en produire beaucoup au plan local, de vulgariser et faire en sorte que ça coûte moins cher pour le bonheur du consommateur d’une part et de l’agriculteur d’autre part. Tout le monde connaît et aime  la pomme de terre, mais c’est son coût élevé qui pose problème.

Qu’est-ce qu’on gagne en produisant la pomme de terre ?

Sur un hectare, vous pouvez avoir entre 3 et 10 millions de F CFA. Je crois que si nous prenons ce que nous faisons au sérieux, on peut vivre décemment de la pomme de terre.

Quelles sont les vertus de la pomme de terre ?

Elle en a beaucoup. Selon les Nations unies, c’est l’aliment qui apporte le développement, la paix, la richesse. Si les Nations unies ont reconnu que la pomme de terre permet de lutter efficacement contre l’insécurité alimentaire, elle a aussi des vertus pour la santé. Elle peut lutter contre la pauvreté. Elle est d’ailleurs le seul aliment qui a plusieurs qualifications : « Elixir de longue vie » pour les Européens ; « Aliment planétaire pour les Nations Unies » ; « Aliment du futur » pour la FAO ; « Reine des légumes  » pour les grands cuisiniers du monde… C’est pourquoi,nous devons nous y mettre

Avez-vous un appel à lancer ?

Selon Léon Blum : « Toute personne qui prétend assurer aux hommes la liberté, doit commencer par lui assurer l’existence ». C’est pourquoi, nous voulons exhorter tous ceux qui œuvrent pour l’existence humaine à nous accompagner. Pour le colloque d’octobre, Monsieur le Ministre de l’Agriculture et du Développement Rural a déjà rencontré Agro Sans Frontière international à Paris à l’occasion du Salon International de l’Agriculture et a donné son accord de principe pour nous accompagner. C’est déjà un grand pas. Cet appui du gouvernement nous aidera à relever le défi de l’organisation de cette plateforme et nous pensons que cela contribuera énormément à développer la filière. Car, en développant cette filière, c’est le niveau de vie de plusieurs populations rurales  et péri - urbaines qui va s’en trouver améliorer. 

Interview réalisée par Francis K.