Unite.ci : Les fêtes de fin d’année s’annoncent imminentes. Les parents d’élèves s’inquiètent déjà du spectre des congés anticipés que décrètent certains élèves au comportement peut recommandable. Un enseignant chercheur analyse le phénomène et propose des solutions. Une contribution que www.unite.ci se permet de vous livrer. In extenso. 
» L’école est une institution de socialisation qui canalise l’enfant dans le chemin des valeurs et des structures de la société comme l’exprime ce chant bamileke :
» *Je suis seul/ tout seul/
Comme l’orphelin/ et tu sais père/ qui va seul/ se fourvoie »*
C’est pourquoi, son organisation, ses objectifs et ses finalités imposent une politique de l’école constamment menacée par une école de la politique surtout au niveau supérieur. »
( Biaka Zasseli, 1997).
De cette affirmation du philosophe, je me permets de lorgner du côté de deux éminents savants des sciences de l’éducation, que sont Opadou et Seka ( 2021), pour qui l’école reste un pilier de développement important dans la vie de toute nation et ce, en raison de la formation qui constitue son socle, levier incontournable, poudrière naturelle, révélatrice d’équilibre social. La formation en effet, illumine les esprits, éclaire les consciences, transforme les conceptions et génère le développement dans une diversité des performances de chaque acteur social.
Qu’en est-il réellement en Côte d’Ivoire ?
Pourquoi cette volonté d’anticiper les congés chez les apprenants ivoiriens? Comment se situent les différentes responsabilités des acteurs impliqués de près ou de loin ?
Y a t’il réellement une solution à apporter à la situation ivoirienne ?
PRÉSENTATION DE LA SITUATION
La sociologie se propose de rechercher la cause des agissements et des actes des individus. C’est tout le fondement des phénomènes sociaux. Dans ce sens, Georges Balandier affirme ceci : » Il ne suffit pas de voir comment sont les choses, mais comment elles sont devenues à ce qu’elles sont. « .
Une lecture panoramique de ces causes peut permettre de sortir la Côte d’Ivoire de ces comportements irresponsables de nos apprenants.
De l’utilité de la promotion des sciences sociales
Quelle est l’utilité de la psychologie, de la sociologie , de la criminologie , des sciences de la communication si la société africaine refuse de les intégrer dans la formation de base?
Ce ne sont pas les matières industrielles ou les sciences dites exactes qui viendront former nos enfants sur les questions d’éthique, sur le comportement des apprenants. La grande importance réservée aux mathématiques et aux Français peut être complétée par les sciences sociales. Le cours de EDHC est-il complet pour résoudre ce problème ? ( je vous laisse répondre). La responsabilité revient aux sciences sociales qui méritent une considération particulière de la part des décideurs. J’ai mal de voir ces spécialstes des sciences de l’éducation que le système africain a cantonné à l’ENS a l’IPNETP, à l’IREEP, ou au département des sciences de l’éducation de l’UAO pour des modules de pédagogie alors que la Côte d’Ivoire a un besoin inestimable de spécialistes de l’éducation à tous les niveaux de son fonctionnement : éducation politique, éducation économique, éducation sociale, éducation sanitaire, éducation alimentaire etc.
Une société qui ne prend pas en compte la formation sociale de ses individus connaîtra obligatoirement une forte régression. Dans les pays développés comme la France, déjà au secondaire, il y a les études en sciences sociales. La formation prend en compte ces théories qui permettront de mieux saisir les enjeux sociaux. Il faut donc des modules de psychologie, de sociologie, de criminologie et de communication appliquée dans la formation de base des enfants du secondaire, à l’instar de la philosophie qui est déjà enseignée.
Une question de volonté générale
La volonté générale n’est pas la somme des volontés particulières, car celles-ci prennent en compte des intérêts privés, elle vise l’intérêt commun, fait abstraction des intérêts qui seraient seulement particuliers et par suite contradictoires. Le peuple ne peut toujours y délibérer, car il peut se tromper ou être trompé, alors que » la volonté générale est toujours droite et tend toujours à l’utilité publique. ( Du contrat social, livre II, chapitre III).
Il s’agit en outre de favoriser le développement d’institutions politiques qui facilitent la recherche et la mise en oeuvre de la volonté générale. Ces apprenants sont nos enfants ; il faut impérativement les canaliser, les redresser, les orienter.
De la nécessité de revisiter les théories du contrat social en Côte d’Ivoire
» Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître , s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir » , écrit ROUSSEAU dans le Contrat Social ( livre I, chapitre III).
Le plus grand perdant de cette situation, c’est la Côte d’Ivoire : notre pays.
Les apprenants ivoiriens sont-ils les plus forts en Côte d’Ivoire ?
Dans quelle direction, ces apprenants sont-ils en train d’orienter et transformer notre société?
Les théories du contrat social posent une équivalence entre la reconnaissance du rôle de l’Etat, et surtout la légitimité et le consentement à son pouvoir; l’unanimité y est possible, autour d’un bien commun ou d’une volonté générale.
Sans un pouvoir fort qui leur impose obéissance, les hommes s’entre-déchirent.
Il faut donc remettre ces apprenants sur le droit chemin, la Côte d’Ivoire a trop souffert d’un environnement postélectoral qui a laissé des cicatrices dans la mémoire collective.
Il faut donner la force aux structures éducatives de sanctionner ces apprenants jusqu’à l’exclusion définitive quand c’est possible.
Mais va-t-on accepter l’exclusion d’un groupe d’élèves, sans que les ministères de tutelle réagissent ?
Réorganisation du syndicalisme étudiant et scolaire
Revoir ce contrat social, c’est revoir les conditions de naissance et d’évolution du syndicalisme étudiant et scolaire en Côte d’Ivoire. En ce mois de décembre 2022, j’ai vu des images de la police nationale et de la FESCI, côte à côte, sensibilisant les élèves sur la nécessité d’éviter les congés anticipés. Belle initiative ! La FESCI mesure t-elle sa grande responsabilité dans une telle mission ? L’avenir nous dira. J’ai eu le privilège d’étudier la FESCI et le syndicalisme etudiant en Côte d’Ivoire ( Ahizi, 2018, 2019a, 2019b, 2020). La FESCI est dans un processus de changement. Bravo aux nouveaux responsables de ce mouvement étudiant. Il faut donc suivre cette collaboration avec la FESCI pour éviter des surprises désagréables.
En France, l’UNEF existe depuis 1907, bel exemple de syndicalisme étudiant. Il faut former ces jeunes à la pratique syndicale.
Les mouvements de jeune ont un sens lorsque les activités se déroulent sans violence et barbarie..
Responsabilité de la cellule familiale
Le ministère de la famille a t’il un véritable programme sur l’impact de son ministère dans les familles Ivoiriennes ?
Combien d’enfants bénéficient du petit déjeuner ou de l’argent du petit déjeuner pour se rendre chaque matin au cours?
Selon le grand maître, Alain CISSOKO, (1995) » la famille a pour mission première la socialisation de tout individu, elle représente la cellule originelle qui façonne l’enfant pour la vie en société. Lorsque cette famille présente des déséquilibres, cela est préjudiciable à la personnalité de l’enfant. »
Ce sont souvent le manque de responsabilité de certains parents d’élèves et d’étudiants, les ressentiments vis-à-vis du père ou de la marâtre, les mésententes familiales, les désunions dans la famille mais aussi la recherche de liberté qui semblent expliquer le fait qu’un élève ou étudiant puisse abandonner sa famille et s’attacher à un groupe quelconque ; dans cette optique il retrouve une seconde famille. N’ayant pas de soutien des parents, il va certainement s’activer dans toutes les activités pour séduire sa « nouvelle famille ».
Les sociologues expliquent que c’est sur fond de l’effondrement de la cellule familiale que naît une révolte envers tout ce qui symbolise les pouvoirs publiques. »
De ce fait, les états généraux des parents d’élèves s’imposent. Des festivals de la responsabilité familiale deviennent une nécessité en Côte d’Ivoire. Il faut donc montrer aux parents leurs responsabilités dans la prise en charge de leurs enfants.
Réflexion approfondie sur la problématique de l’élève et de l’étudiant en Côte d’Ivoire
Pour faire face à la violence, la barbarie, la criminalité et le désordre en milieu scolaire et étudiant, il faut créer des cités universitaires spéciales. Ces différentes cités auront pour but de favoriser la création des groupes d’études afin de réfléchir et rechercher les débouchés après les études. Une telle initiative favorise aussi les conférences, les séminaires dans l’optique de valoriser chaque discipline. L’ état doit surveiller l’activité des différents clubs dans les lycées et collèges. Où en sommes nous avec les célèbres clubs de théâtre dans nos lycées et collèges ? Le théâtre véhicule des choses positives puisque cette activité se fait sous le contrôle des éducateurs.
La responsabilité de l’Etat
Le plus grand perdant , c’est la Côte d’Ivoire.
La Côte d’Ivoire de demain commence aujourd’hui, il faut redresser ces apprenants. Le champ politique n’est pas obligatoirement un espace de contradictions. Les opposants doivent participer à ce jeu social.
L’autorité de l’Etat révèle de la nécessité d’éviter un état de guerre sociale permanente tout en éduquant positivement les apprenants.
Responsabilité des établissements éducatifs
Les responsables des établissements ont une grande part à jouer en recrutant un personnel de qualité. Les apprenants doivent être encadrés par des membres du personnel qui ont un niveau acceptable. Les ministères doivent procéder à un contrôle minutieux dans ce sens. Plusieurs éducateurs n’ont pas le niveau pour aider les élèves a changer de comportements. Ces apprenants peuvent changer. Ils ne sont que des adolescents.
» Une action transformatrice tend à inculquer une formation comme système de dispositions durables et transposables. ( Bourdieu et Passeron1970).
De la nécessité d’une communication efficace
La responsabilité du gouvernement face aux médias doit être perceptible. l’Ivoirien a souhaité une libéralisation de l’espace audiovisuel. Le problème, c’est l’influence de ces médias. L’état doit trouver des moyens de contrôler ces médias et tout ce qui s’y montre. Les émissions et les films ont une influence sur la jeunesse. Ces responsables de ces structures médiatiques doivent conjuguer leurs efforts pour une lutte efficace contre ces maux qui minent la jeunesse. En voulant montrer ce qu’il ne faut pas faire, les médias peuvent inciter les apprenants à faire ce qui n’est pas faisable.
Le « comment » communiquer de la télévision est important afin d’influencer positivement les jeunes apprenants. Une situation éducative est le contexte dans lequel s’inscrit ou s’exerce un fait d’éducation.
EN GUISE DE CONCLUSION
Une des premières finalités de l’échange entre groupes sociaux est de faire en sorte que chacun trouve sa » place ». L’apprenant doit connaître sa place.
La vie sociale a été toujours le théâtre de luttes sourdes et plus ou moins cadrées entre les acteurs sociaux pour une redéfinition de leurs positionnements. Le positionnement des apprenants doit être clair. Les mesures telles que proposées pour changer le comportement des apprenants n’ont pas la prétention d’éradiquer de façon unilatérale tous ces maux. Ce sont de nouvelles voies qui sont à explorer, parce qu’élaborées en tenant compte des insuffisances et des efforts déjà fournis dans les ministères de tutelle.
« Non aux congés anticipés en Côte d’Ivoire »
Dieu garde la Côte d’Ivoire, notre beau pays
Dr AHIZI ANADO
Enseignant-chercheur

