Unite.ci : Les anciens habitants de Vridi-Canal ou Vridi Village, un quartier riverain du Port autonome d’Abidjan démoli début juin, ont réclamé dimanche « justice », des réparations et des explications sur le devenir du site, affirmant que quelque 60.000 personnes ont été affectées par cette opération de déguerpissement.
Réunis en conférence de presse à Abidjan, les responsables de la Mutuelle des déguerpis de Vridi-Canal ont dénoncé une opération qu’ils jugent brutale et menée sans information préalable suffisante.
« Nous voulons aujourd’hui exprimer notre ras-le-bol, mais surtout faire entendre notre revendication de justice », a déclaré le secrétaire général de la mutuelle, Tahirou Mohamed.
Selon les représentants des anciens habitants, les démolitions ont commencé le 5 juin dans l’après-midi, avant de se poursuivre le lendemain. Des bulldozers, encadrés par les forces de l’ordre, auraient procédé à la destruction des habitations, laissant de nombreuses familles sans logement, ont-ils affirmé.
Les populations concernées auraient dû passer plusieurs nuits à la belle étoile avant que certaines familles ne trouvent refuge dans des écoles ou des lieux de culte.
La mutuelle estime à environ 60.000 le nombre de personnes affectées, réparties dans quelque 6.000 familles, sur un périmètre d’environ 25 hectares.
« Une histoire qui remonte aux années 1930 »
Les responsables de la mutuelle contestent également la manière dont les autorités présentent l’occupation du site.
Ils affirment que Vridi-Canal est habité depuis les années 1930 par des familles liées aux anciens travailleurs ayant participé au creusement du canal reliant la lagune Ébrié à l’océan Atlantique, un ouvrage ayant contribué au développement du futur Port autonome d’Abidjan.
« La majeure partie des premiers habitants de ce quartier n’est aujourd’hui plus de ce monde, mais leurs épouses, leurs enfants et leurs petits-enfants y ont vécu depuis plusieurs générations », a souligné M. Tahirou.
Après la démolition des habitations et l’évacuation des gravats, une pancarte portant le nom de la SOGEDI aurait été installée sur le site, suscitant de nouvelles interrogations chez les anciens riverains.
La mutuelle dit notamment s’interroger sur les conditions dans lesquelles cette société publique revendique la propriété du terrain, alors que, selon elle, les familles y étaient installées depuis plusieurs décennies.
Les anciens habitants affirment avoir appris par la suite qu’une partie du site pourrait être destinée au stationnement de camions transportant des marchandises en provenance du Port autonome d’Abidjan.
« Comment peut-on jeter des milliers de familles vulnérables à la rue juste pour stationner des camions ? », s’est interrogé le secrétaire général de la mutuelle, dénonçant une situation qu’il considère comme « une injustice profonde ».
Les représentants des déguerpis demandent désormais que toute la lumière soit faite sur les conditions de leur éviction, la situation foncière du site et sa destination.
Ils réclament également des mesures de réparation pour les familles ayant perdu leurs logements et leurs biens.
La Mutuelle des déguerpis de Vridi-Canal a par ailleurs annoncé qu’elle se réservait le droit de saisir les juridictions compétentes.
« Nous entendons défendre nos droits sur le site que nous considérons comme notre lieu de vie historique », a déclaré M. Tahirou.
Les anciens riverains demandent notamment une indemnisation des préjudices subis et souhaitent obtenir des réponses des autorités sur le devenir des 25 hectares concernés.
Cette contestation intervient dans un contexte de multiplication des opérations de déguerpissement à Abidjan, menées au nom de la lutte contre le désordre urbain, la sécurisation des emprises publiques et l’aménagement de la capitale économique ivoirienne.
Les anciens habitants de Vridi-Canal affirment, eux, vouloir « vérité, justice et réparation », tout en appelant les médias à relayer leur situation auprès de l’opinion publique.
OJL





